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« Clarsach for Communities »

Clarsach for Communities 2017De nos jours, parmi les nombreux grands projets transversaux particulièrement bénéfiques et louables (et souvent particulièrement compliqués à mettre en place et à défendre) se trouvent les programmes qui permettent à un groupe d’enfants d’avoir accès à des cours et à des instruments pendant une période relativement longue. Nous sommes ravis d’apporter notre soutien au programme Clarsach for Communities mené par Ailie Robertson. Ce programme intensif se déroule dans le quartier de Muirhouse à Édimbourg. Des enfants de primaire viennent après le temps scolaire et pendant les vacances y apprendre la harpe suivant diverses méthodes pédagogiques en immersion. Les cours sont gratuits, des instruments sont mis à leur disposition, on y sert des repas sains et les enfants ont accès à des représentations.

« J’ai eu cette idée lorsque je faisais mon Doctorat. Mes recherches étaient axées sur la composition, mais elles contenaient aussi beaucoup d’éléments socio-politiques », explique Ailie. « J’avais aussi souvent eu l’occasion de travailler avec la municipalité d’Edimbourg et j’avais déjà fait connu les effets des mesures d’austérité. Il n’y a presque plus de cours de musique subventionnés en Ecosse. Chaque municipalité a sa propre politique en la matière, mais c’est en général l’une des premières choses à être supprimée. 

Je me disais également que comme la harpe occupe une part très importante dans l’identité culturelle écossaise, ce serait une bonne façon de s’intégrer pour les enfants qui sont originaires d’autres cultures.

Nous avons reçu des financements de la part de Youth Music Initiative et de North Edinburgh Arts afin de former un groupe de douze enfants âgés de sept à neuf ans. Ils ont deux cours par semaine et la moitié du temps est occupée par des jeux musicaux (Kodály, etc.) afin de développer leur sens musical et l’autre moitié est consacrée à l’apprentissage de la harpe. Nous avons volontairement mélangé les enfants de différentes écoles afin qu’ils construisent ensemble une nouvelle communauté. Nous avons également découvert que les garçons étaient très heureux de participer parce qu’ils n’avaient aucun a priori sur la harpe. Ils ont donné leur premier concert à Noël le 22 décembre !

Même si les succès les plus visibles de « Clarsach for Communities » sont musicaux, l’impact réel se trouve au-delà de la musique. Ces enfants ont appris la confiance, l’endurance, l’ambition et toute une multitude de compétences transférables qui leur permettra d’affronter toutes sortes de choses dans divers domaines de leur vie. L’objectif final est d’améliorer les résultats scolaires, la santé et le bien-être afin que les enfants puissent atteindre leur plein potentiel et apporter leur contribution à des communautés positives. »

Middle Class Piano lessons

Classe moyenne ?

La musique est souvent considérée comme étant un marqueur de la classe moyenne, mais en réalité, ce n’est pas vrai. L’une des caractéristiques marquantes du cercle des musiciens est qu’il n’est pas du tout défini par des notions de classes. La musique est fédératrice, et ce même en Angleterre où le niveau social peut être jugé au travers de ce que vous mangez le soir, à quelle heure et si vous appelez ce repas le souper, le dîner ou le thé. La musique passe au-dessus de tout cela et c’est tant mieux.

Les cours de musique par contre deviennent en effet plutôt l’apanage des classes moyennes. Ils sont onéreux et les instruments aussi. S’ils ne sont pas subventionnés par des fonds publics, ils deviennent impossibles d’accès à ceux qui n’ont pas les moyens et cette exclusion est bien plus destructrice que ce qu’il est communément admis. Si les cours de musique sont réservés à une classe moyenne, alors la plupart des gens présument assez logiquement que la musique l’est aussi. On peut la considérer comme un accomplissement ou un complément nécessaire ou non pour son enfant. Cette compartimentation de la musique la réduit au rang d’accessoire, et c’est ce qui est dommageable. Si elle est considérée comme accessoire, plus aucun argument n’est valable pour défendre son subventionnement.

De plus, par une sombre ironie, ce sont précisément les groupes d’enfants défavorisés qui paraissent le plus bénéficier de ce que les cours de musique peuvent offrir. Un autre grand projet que nous avons soutenu est le programme DEMOS (Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale) dans le quartier de Barbès à Paris. Les enfants ont eu trois heures de cours par semaine pendant plus de deux ans, avec une apogée lors de leur participation à des prestations en orchestre. Delphine Benhamou était en charge de l’enseignement de la harpe et a pu faire les observations suivantes :

« Un enfant que ses professeurs considèrent comme étant en difficulté ou difficile ou qu’on a mis dans une école spécialisée pour les enfants en difficulté ou difficiles a une confiance en lui-même très faible. Il va appréhender qu’on le voit en train d’essayer quelque chose de peur de l’échec, il va avoir peur d’admettre que le résultat lui importe et il n’aura aucune idée de sa propre valeur ou de sa place dans le monde car personne ne lui a jamais dit qu’il en avait une. Tous les cours que j’ai donnés dans le cadre du DEMOS étaient des cours collectifs en collaboration avec deux autres professeurs. J’enseignais dans un groupe où se retrouvaient des clarinettistes et des harpistes. La première chose que nous avons dû faire a été de stimuler la confiance du groupe. Nous étions accompagnés par une précieuse équipe d’éducateurs sociaux qui prenaient part aux cours au côté des enfants. Par exemple, le directeur du centre de loisirs local a appris la clarinette. Cela a permis aux enfants de se sentir sur un pied d’égalité avec les adultes, apprenant ensemble au lieu de toujours être ceux qui sont bêtes ou méchants. Trois heures par semaine représentent beaucoup de temps de cours et parmi toute autre chose, c’est souvent de temps dont les enfants ont le plus besoin. « La qualité du temps » est une expression imaginée pour que les adultes qui n’offrent pas beaucoup de temps à leurs enfants se sentent mieux. On ne peut pas gagner la confiance de quelqu’un le temps d’un cycle express de machine à laver.

Le fait de gagner en confiance nous rend plus prêts à travailler sur des choses dont le succès n’est ni immédiat ni garanti. Les ateliers ont appris aux enfants que s’ils travaillent régulièrement pendant une période assez longue, ils peuvent réussir à faire quelque chose dont ils seront réellement fiers. A la fin du projet, il y avait une fête de l’école à laquelle les parents étaient invités et apportaient de quoi manger, et les enfants y ont joué en orchestre. Les enfants ont été en mesure de constater que ce qu’ils avaient appris rendaient leurs parents fiers d’eux.

Un autre aspect important et délibéré était que tout le travail était collectif. Au sein du groupe, et pour finir au sein de l’orchestre, les enfants ont appris qu’ils avaient tous un rôle individuel à jouer qui était important pour la réussite de l’ensemble. Je ne pense pas qu’il soit trop ambitieux de dire que cela leur a donné le sentiment d’avoir une place et une valeur dans ce monde.

Les cours de musique leur ont aussi apporté une manière de voir et d’apprécier le talent qu’ils n’ont pas la chance d’appréhender à l’école ou dans leur vie quotidienne. Un des enfants de ma classe était autiste et ne parlait pas du tout. Mais il était capable de répéter tout ce que je jouais sur la harpe après une seule écoute, y compris les parties jouées à deux mains. Les enfants l’ont vu sous un jour nouveau, et tout à coup il est devenu le talentueux du groupe et il a reçu tout le respect et l’admiration du reste des enfants. 

La harpe a également un statut un peu particulier. Dans un sondage mené par DEMOS au début et dans lequel il était demandé quel instrument les enfants aimeraient le plus apprendre, quel était l’instrument de leurs rêves, la harpe arrivait en haut de la liste. A Barbès, il y a beaucoup d’enfants d’origine africaine et lorsque j’ai personnellement voyagé en Afrique, on m’avait dit que la harpe, la kora africaine, était un instrument sacré. Symboliquement, elle représente le lien entre la terre et le ciel. Je ne sais pas si cela a un rapport. Mais certainement que beaucoup de gens, quel que soit leur culture, trouvent que la harpe est un instrument qui les touche profondément d’une certaine manière. Les enfants se sont toujours approchés de leurs harpes avec délicatesse, presque qu’avec révérence, et il y avait souvent des moments de réel calme et de concentration pendant ces cours que je n’oublierai jamais. »

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