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Princeton Harp Festival 2015

Princeton Harp Festival

Nous sommes de retour du Princeton Harp Festival où nous étions aux côtés de nos partenaires en Virginie et au New Jersey (Etats-Unis) : le Virginia Harp Center. Ce Festival fait la part belle aux idées fortes, au développement professionnel et aux prestations sur harpe celtique, harpe classique et électroharpe par d’excellents musiciens. Nous avons uni nos forces à celles de nos amis et collègues américains le temps de ce grand week-end qui nous a paru bien trop court et dont les maîtres-mots étaient amitié et inspiration.

François Pernel

François Pernel

Princeton est une ville très bien située, à une courte distance en train de Philadelphie et de New York. C’était à François Pernel que revenait l’honneur d’ouvrir le festival lors d’un concert où il a interprété principalement des extraits de son formidable nouvel album Galexya. Il a joué sur la nouvelle harpe celtique au son puissant que nous avons conçue en collaboration avec lui : l’Excalibur. Si vous pensez toujours que la harpe celtique est un instrument d’étude, une « petite » harpe, ou un instrument pour jouer uniquement de la musique traditionnelle, vous réviserez certainement votre jugement en écoutant François ! Il ne manque jamais de nous surprendre, de nous étonner et de nous ravir, grâce à son imagination musicale approfondie et recherchée et à sa virtuosité toute en sensibilité. « Il n’est pas simplement question de la harpe celtique », remarque Jakez, « ni même de la harpe en général, il s’agit simplement de musique, dans sa forme la plus pure. Les courtes pièces sont comme autant de perles d’un collier dont il est impossible de dire laquelle est la plus belle ou la plus raffinée. »

Noa Kageyama

Noa Kageyama

Le samedi matin a commencé au petit jour, en particulier pour l’équipe française : ceux qui subissent le décalage horaire sont toujours au petit déjeuner dès 6h du matin, l’œil incroyablement vif ! Au programme de cette matinée étaient prévus des stages et des masterclasses : discussion autour de l’ornementation et de l’« interprétation authentique » menée par Sylvain Blassel, intervention du psychologue Noa Kageyama au sujet des prestations scéniques, etc. Le programme était à la fois varié et de très haut niveau, donnant beaucoup à réfléchir. Même les plus jeunes comme moi ont dû apprendre par eux-mêmes (avec plus ou moins de succès) à gérer leur trac, cela n’étant pas souvent enseigné au Conservatoire. Le nombre impressionnant d’auditeurs venus assister à l’intervention de Noa est révélateur de l’importance que revêt cette question, et nous étions tous très attentifs et appliqués en essayant les techniques qu’il nous proposait, principalement issues de la psychologie du sport. Nous avons pu participer également à des cours sur la pédagogie ou sur comment bien « se vendre » quand on est professionnel… Le programme comportait donc un grand nombre de séances très bénéfiques sur des sujets très divers. Un grand bravo à l’équipe artistique du Virginia Harp Center qui a organisé tout cela !

addi and jacq

Addi and Jacq

Samedi soir, nous avons grandement apprécié le concert : des harpistes de la région ont ouvert la soirée, avant de laisser la scène à Addi and Jacq. Addi and Jacq est un duo de chanteuses compositrices interprètes qui a remporté le « NPR-WNYC Battle of the Boroughs » en 2015. Et nous avons vite compris pourquoi : elles sont vraiment fantastiques, elles ont un son puissant et chaud auquel viennent intelligemment s’ajouter des boucles et autres traitements du son. Elles ont interprété diverses superbes reprises et des chansons originales. Si vous n’avez pas encore eu la chance de les entendre, il faut vite aller les découvrir. Elles seront par exemple au Greene Space, le 27 janvier.

De son côté, Sylvain Blassel s’est attaqué à un sujet sensible : l’interprétation authentique. Ou plutôt, l’interprétation prétendument authentique. Pourquoi «prétendument » ? Parce que l’« authenticité » est par définition objective, factuelle, absolue, alors que l’« interprétation » est nécessairement subjective, flexible. On ne peut pas savoir précisément à quoi ressemblait telle ou telle pièce au XVIIIe siècle parce que nous n’étions pas là et qu’il n’en existe pas d’enregistrement, même si de nombreux ouvrages nous donnent une idée très précise des bons et mauvais gouts de l’époque. Et vu combien l’interprétation d’un musicien peut être différente, que ce soit par-rapport à celle d’autres musiciens ou tout simplement parce qu’elle évolue au cours du temps, il devait y avoir à cette époque autant de prestations différentes que de nos jours. En dissertant sur le style et le goût, Sylvain a expliqué pourquoi la fameuse remarque : « ce n’est pas dans le style de l’époque » est un concept relativement dénué de sens, et l’« interprétation authentique » est dans son expression même une contradiction. Tout au long de cette heure passionnante, cela nous a fait beaucoup de bien d’écouter Sylvain démonter petit à petit ce concept inutile qui n’est que trop souvent rétorqué en situation de concours…

Sylvain Blassel

Sylvain Blassel. Photo: Kristina Finch

« En revanche », a dit Sylvain, « revenir au texte est sans doute une des premières étapes pour qui cherche à être authentique. Nous n’avons ni enregistrements, ni vidéos, mais nous avons la partition et nous pouvons l’analyser. Les recherches sur la période concernée sont absolument nécessaires, mais pas dans le but de reproduire exactement ce que Bach souhaitait, ni de réussir là où la science a échoué jusqu’à présent : voyager dans le temps. Ces recherches peuvent servir à élargir nos perceptions lorsque nous analysons la partition, et ainsi on en arrive à des interprétations, toujours tout aussi subjectives, qui comportent des idées auxquelles on n’avait pas pensé auparavant et qui correspondent mieux à la perception du texte que l’on a aujourd’hui. La seule authenticité possible se construit lorsque vous vous mettez au service du texte, et non l’inverse. Et cela n’a rien à voir avec la tradition. La tradition est la fixation d’un goût dans le temps, or ce gout évolue et demande un jour, de rompre avec la tradition. La tradition a également sa valeur, mais n’a pas grand-chose à voir avec l’approche attentive du texte ou avec l’authenticité. »

Franz Liszt

« La tradition, c’est de la paresse » – Franz Liszt

Liszt a dit « La tradition, c’est de la paresse », et c’est en toute logique que Sylvain a interprété pour le concert de clôture du festival tout un programme d’œuvres de Liszt, en solo, à la Unitarian Universalist Church de Princeton. Que dire de plus ? Nous n’avons que très rarement eu l’occasion d’entendre cette musique à la harpe. D’habitude, nous écoutons les six grandes pièces du répertoire pour harpe encore et encore, ou de magnifiques interprétations d’œuvres originales, ou encore des transcriptions. Pour en revenir au sujet du texte abordé par Sylvain, cela constitue un passage obligé, même pour les meilleurs solistes, parce que le texte est un point fixe, un fait existant. Les meilleurs harpistes s’attellent à un moment ou à un autre à la transcription, mais personne n’a encore été aussi loin que Sylvain Blassel : Liszt, et pas seulement une ou deux petites pièces, mais les Rhapsodies Hongroises, les Légendes ! Les dernières sonates de Beethoven (dont Sylvain a joué un mouvement en bis) ! Ou encore, en deuxième bis, le « Liebestod » de Tristan et Isolde ! Tristan et Isolde ! A la harpe !

Ce concert à Princeton était tout simplement inoubliable. La majorité des spectateurs était en pleurs ; à la fin, tout le monde s’est levé comme un seul homme pour une standing ovation et des applaudissements fort nourris. Cela fait partie de ces soirées où l’on oublie la harpe au profit de l’expérience musicale, et de la même manière, la harpe avait tout à coup une âme et semblait nous parler, directement. Et voilà. Voilà pourquoi nous travaillons si fort, chaque jour.

Alors que nous étions tous en train d’essorer nos mouchoirs, nos chers collègues du Virginia Harp Center ont eu la bonne idée de nous emmener à la Triumph Brewery, pour fêter tout cela. Nous recommandons chaudement la bière à la citrouille… et voilà encore une raison pour laquelle nous aimons les festivals : pas pour la bière en tant que telle, mais pour la convivialité, et la chance de pouvoir s’assoir autour d’une table avec les amis, anciens et nouveaux. Toutes nos félicitations au Virginia Harp Center pour cet événement impeccablement organisé, source de bonne humeur et d’inspiration ! Nous espérons que nous aurons bientôt l’occasion de retraverser l’océan !

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