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« Mearra » : Concerto pour harpe et 13 instruments à cordes, de Kalevi Aho

Kalevi Aho a écrit au moins un concerto pour chaque instrument de l’orchestre romantique et termine actuellement son 31e concerto. Il a notamment composé le Double Concerto pour Cor Anglais, Harpe et Orchestre (2014) et « Mearra », un concerto de musique de chambre basé sur l’instrumentation des Danses de Debussy. Ce qui présente des avantages évidents pour les harpistes, et certainement pour plus d’un agent artistique. Ce serait d’ailleurs une bonne nouvelle si nous en arrivions à ne plus compter sur les doigts d’une seule main les concertos programmés de façon régulière…

Le 16 septembre, le concerto « Mearra » sera joué pour la toute première fois en Finlande par Anneleen Lenaerts, St Michel Strings et le chef d’orchestre Erkki Lasonpalo à Mikkeli. « Comme l’association de la harpe et des cordes fonctionne si bien et que je cherchais une oeuvre qui pourrait être jouée aux côtés des Danses de Debussy en concert, j’ai demandé à Kalevi Aho s’il serait intéressé d’en écrire une », nous livre Anneleen Lenaerts. « Kalevi Aho est l’un des compositeurs les plus importants de notre époque et j’admire sa façon de toujours réussir à trouver des façons innovantes et rafraîchissantes de faire parler un instrument, d’une manière totalement inattendue, mais toujours fidèle à sa nature. »

Kalevi Aho. Ghadi Boustani/Fennica Gehrman

Kalevi Aho. Photo : Ghadi Boustani/Fennica Gehrman

« Les Danses de Debussy n’ont eu aucune influence sur Mearra », précise Aho. « Leur seul point commun est l’instrumentation : harpe solo avec un petit orchestre à cordes. J’ai composé cette pièce dans le grand Nord, sur les rivages de la mer gelée, et cet environnement très nordique a eu une grande influence. Le titre est en Same, une langue minoritaire du nord de la Norvège, de la Finlande et de la Suède, et il signifie « La mer ». Les titres des trois mouvements sont également en Same : 1. Eanan (= Terre), 2. Dolla (= Feu), 3. Mearra (= Mer). L’instrumentation de Mearra est réduite car je souhaitais aussi écrire une partition pour de bons orchestres de chambre composés seulement de quelques instrumentistes à cordes, comme le Mikkeli City Orchestra ou le Lapland’s Chamber Orchestra de Rovaniemi (Finlande). »

Aho, que David Fanning décrit dans Gramophone comme ayant « toutes les chances d’être sacré plus grand symphoniste vivant », fait preuve d’une fluidité considérable entre ses symphonies et ses concertos. « Certaines de mes symphonies sont véritablement concertantes, avec des instruments solistes, et mes concertos sont pour la plupart assez symphoniques intrinsèquement. La raison pour laquelle je compose autant de concertos, pour tous les instruments, est que certains de mes concertos ou de mes symphonies concertantes (notamment le 9e symphonie, le concerto pour flûte, le concerto pour clarinette ou encore « Sieidi », concerto pour percussions et orchestre) ont bénéficié de prestations très réussies, si bien que d’autres musiciens m’ont demandé d’écrire également pour leur propre instrument.

Pour chaque concerto, j’ai essayé de trouver l' »âme » de l’instrument soliste et la musique se développe à partir de là. Le rôle de l’orchestre est de soutenir le soliste, mais l’orchestre apporte également d’autres dimensions musicales au concerto. Par exemple, dans la 3e symphonie (pour violon et orchestre) et dans le 1er concerto pour violoncelle, le soliste représente l’individualité et l’orchestre fait office de masse, de foule, qui commence à gommer l’individuel. Dans la plupart des concertos qui ont suivi, on ne retrouve pas ce genre de contraste, le soliste et l’orchestre sont plus sur un pied d’égalité. La partie orchestrale est assez active dans tous mes concertos, l’orchestre ne fait pas qu’accompagner passivement le soliste. J’essaye de créer un univers musical pour un instrument donné. »

'Mearra': Chamber Concerto for Harp and Strings« C’est exactement ce que l’on retrouve dans Mearra », continue Anneleen Lenaerts. « Il s’agit d’une oeuvre qui représente la terre, le feu et l’eau en trois mouvements qui sont reliés les uns aux autres, et c’est un magnifique voyage que de ressentir et entendre comment Aho connecte ces éléments en musique. J’ai vraiment hâte d’interpréter « Mearra » dans le pays où il a été conçu ! »

La pluralité et l’ampleur sont deux caractéristiques de l’écriture d’Aho, ainsi que son « ouverture sur le monde musical et le monde en général« . Pendant de nombreuses années, il a émis de vives critiques à l’égard de la musique pure. Dans le Finnish Music Quarterly (2009), il décrit la façon dont « l’esthétique puriste du Modernisme a mené à une situation où toute signification autre que musicale est interdite… Dans la forme, le Modernisme est devenu si solidement institutionnalisé que le genre tout entier de la musique de concert a été marginalisée. » Si la musique contemporaine est en crise, c’est parce que le public ne parvient pas à s’y retrouver. L’une des fonctions de l’art est de nous faire sentir moins seuls : « Un compositeur devrait écrire toutes sortes d’œuvres de façon à ce qu’il y ait toujours un élément qui trouve écho chez des personnes aux styles de vie divers. La musique devrait toujours venir en aide aux personnes en détresse ou réussir à leur faire ressentir la quintessence de la beauté », selon Aho.

Et la musique contemporaine ne permettra pas non plus aux auditeurs de s’échapper un instant de leur quotidien si elle n’est jamais programmée. Aho décrit la Finlande comme étant « le meilleur pays du monde pour un compositeur« , car la musique contemporaine y est jouée et re-jouée. Grâce à Robert von Bahr en Suède, la pièce « Gesamtwerk » d’Aho continue à être enregistrée chez BIS, créant ainsi une discographie conséquente plutôt rare pour les compositeurs actuels. Dans les grands espaces finlandais, la tradition n’a que peu de poids et il est de ce fait plus probable que les programmes musicaux restent innovants sans nécessairement jouer la carte de la prudence.

Grâce à l’éditeur d’Aho, Fennica Gehrman, les harpistes ont bien de la chance : la partition de « Mearra » peut être feuilletée en ligne

Dimanche 16.9.2018, Mikkelin Pitäjäkirkko, 19:00
Anneleen Lenaerts · Mikkelin kaupunginorkesteri · Erkki Lasonpalo

Uuno Klami : Sonatine
Kalevi Aho : Mearra
Claude Debussy : Danse sacrée et danse profane
Ottorino Respighi : Berceuse for String Orchestra
Nino Rota : Concerto for Strings
Pietro Mascagni : Intermezzo from Cavalleria Rusticana
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